Madame Rochebouille sortit “l’Adaptateur Universel” du colis. Elle extirpa soigneusement les différents éléments de leur carcan de plastic. Elle prit la petite radio Sony et essaya d’insérer une des prises dans l’orifice approprié. Elle n’y arriva pas . Prise suivante : non plus.
Long story short: aucun des 6 embouts ne coïncidait.
Docilement, elle remis le tout dans l’emballage d’origine, et regarda sur le site internet pour voir comment demander un remboursement.
Elle devrait payer les frais de port.
Le bidule lui avait coûté €8,95 + €3,95 de frais de livraison = €12,90. Le webshop disait qu’il fallait renvoyer le produit en recommandé, à raison de €7,25, tarif en Hollande, lieu de résidence de Madame Rochebouille. Dans le meilleur des cas, elle aurait droit à €5,65. Fortes chances qu’elle obtienne 0€. Car elle avait ouvert le paquet, ce qui était défendu par les Conditions Générales de Vente. De plus, elle devrait retourner à la poste, d’où elle venait juste, car elle avait raté la factrice.
Ça allait pas faire avancer le schmilblick.
Elle voua une pensée nostalgique à sa jeunesse dans les montagnes. À Monsieur Parola avec son magasin plein de télévisions et de stéréos, de marques vétustes comme Thomson, Schneider, Grundig. Il venait en personne installer tout ça chez vous, vous fournir les explications nécessaires, et s’occuper de l’après-vente pendant 30 ans. Car les appareils de cette époque étaient fabriqués pour durer. Acheter un adaptateur (elle voulait dire ‘de merde’ mais elle se retenait) chez Monsieur Parola aurait été un jeu d’enfant. Si seulement les adaptateurs avaient existé à cette époque, car ce n’était pas le cas. On branchait les appareils électriques directement dans le mur.
Ce qui aujourd’hui lui semblait décidément cocasse.
Lorsque l’achat en ligne avait fait son apparition quelque part dans les années zéro, c’était le paradis : on commandait des tas d’articles dans des tailles/pointures/sortes différentes, et on renvoyait GRATUITEMENT ce qui n’allait pas.
Madame Rochebouille avait tout de suite senti le piège : « Ils vont mettre tous les magasins sur la paille, et puis ils vont nous faire payer les renvois. Et là, impossible de faire marche arrière. »
L’achat de la radio n’était pas allée non plus comme sur des roulettes. Elle l’avait trouvée pour €15 sur un site d’occasions. Mais elle ne marchait pas. Violette, la vendeuse, avait alors réagi par: « Je vends des tonnes de ces appareils, je ne vais quand même pas tous les tester ? C’est aux risques et périls du client. » Signé Sophie. Elle avait joint une photo de son annonce, avec le texte « pas testé ». Madame Rochebouille savait pertinemment qu’au moment de la vente il y avait écrit: très bon état, et que Violette/Sophie n’était rien de moins qu’un charlatan. Un charlatan en ligne, mais un charlatan. Mais que faire? Elle dû encaisser sa défaite.
C’était il y a 2 ans.
Entre temps, Madame Rochebouille avait acheté une radio toute neuve. Toujours de Sony, à peu-près le même modèle. À son étonnement, on pouvait brancher son fil sur celle d’occasion, et là, ça marchait. D’ailleurs heureusement que cette radio toute neuve possédait un fil, car ses batteries ne duraient que quelques heures. Son ancienne (le modèle précédent, toujours de Sony, vous arrivez à suivre ?), qu’elle avait achetée en 1995, avait marché jusqu’en 2018 sans changer les piles. Elle avait commencé à croire qu’on n’avait jamais besoin de changer les piles des radios.
Madame Rochebouille s’était donc mise à chercher un fil pour alimenter sa radio. Pendant 2 ans. Là, elle en avait marre. Elle prit l’engin diabolique, et le planta sur une pile de « Choses à Amener au Dépotoir » où elle espérait qu’on en ferait bon usage. « Bon » voulant dire ici : « moins mauvais ».
Elle pria des dieux improbables pour que les anciens magasins reviennent. Les anciens appareils aussi, qui se branchaient directement au mur et qui marchaient pendant 30 ans, et les grosses piles qu’on changeait tous les quart de siècle.

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